Santos : Nouvel episode !

Publié le par L.P

Après le rejet du recours déposé en décembre, un dernier appel maintient le supporter olympien en liberté

Hier après-midi, l'inquiétude était perceptible dans le regard de Santos Mirasierra. Le supporter Ultra a été informé du rejet du recours en incidence d'annulation. Il lui reste un appel, à déposer d'ici vingt jours. Le spectre de la prison plane de nouveau.

Photo Serge Guéroult

Dans la petite salle à manger familiale, l'atmosphère est redevenue un peu plus lourde. Le temps des fêtes de Noël, passé miraculeusement en famille, s'est évanoui quelques secondes après un simple coup de téléphone. Mardi soir, lorsque le portable a sonné, la réalité judiciaire a rattrapé Santos Mirasierra qui s'attendait un jour ou l'autre à être confronté à cette annonce.

Le 6 décembre dernier, lorsque le supporter olympien quitte le tribunal où il vient d'être jugé pour rejoindre la prison d'Estremera, son avocat MeErlantz Ibarrondo Merino dépose deux recours auprès de l'Audience Provinciale de Madrid, la plus haute juridiction de l'Autonomie, pour contester un point du procès de Santos et réclamer la libération de son client.

Dans ses attendus, Caridad Hernandez Garcia, présidente du Juzgado de lo penal nº20, reconnaît Santos Mirasierra non coupable de trouble à l'ordre public, admet qu'il n'est pas l'auteur du jet de chaise, mais applique la loi de coauteur des faits. Autrement dit, Santos se trouvait à l'intérieur du stade et il est donc coupable.

Me Ibarrondo appuie son premier recours sur le fait que Santos n'a aucune intention de se soustraire à la justice, qu'il bénéficie d'un emploi stable,d'une situation familiale normale et réclame une libération immédiate sous caution. Le Ministère public juge le recours recevable, en informe Caridad Hernandez Garcia, laquelle signe la libération sous caution (6000 euros) de Santos.

Le second recours en incidence d'annulation revient sur le fait qu'aucune preuve matérielle n'a été apportée pendant l'enquête sur les actes reprochés à Santos; dès lors, il ne peut lui être reproché d'être coauteur des faits car il n'y a pas eu non plus d'accord préalable entre les supporters marseillais pour initier un mouvement de masse. M e Ibarrondo-Merino souligne que le procès n'a pas étudié le fait que les incidents auraient pu avoir lieu sans la présence de Santos.

Le recours a été étudié le 21 janvier, le délibéré publié mardi 3 février

Ce recours a été étudié le 21 janvier et le délibéré est tombé mardi après-midi. Le tribunal déclare que l'enquête et le procès ont été traités avec toutes les formes requises, que les conclusions sont conformes. En incidence, Santos, devenu innocent aux yeux de la Justice depuis sa libération sous caution, redevient coupable après l'examen du recours et les conclusions incidentes.

Me Erlantz Ibarrondo-Merino dispose de cinq jours pour informer de son intention de faire appel de cette décision et vingt jours pour déposer le dossier pour ce qui sera la dernière procédure possible. Si cet appel est rejeté, Santos Mirasierra, qui a repris normalement son travail, devra purger la peine de trois ans et demi de prison à laquelle il a été condamné lors de son procès.

Hier après-midi, assis sur un meuble chez sa soeur, un oeil sur l'exploit de Vannes à Nice, le sourire d'enfant que nous avions découvert sur le visage de Santos Mirasierra le jour de sa libération n'avait plus le même éclat. La peur d'un lendemain moins rayonnant: " Même si avec Erlantz, nous nous doutions un peu de cette issue, je le prends assez mal. Depuis quelques heures, je suis dans l'état d'esprit d'un garçon qui s'apprête à refaire sa valise pour retourner en prison, dit-il un brin fataliste. Je vis de nouveau dans le flou. J'avais prévenu tout le monde que j'étais en liberté conditionnelle et non libéré des charges qui m'étaient reprochées."

Quand le dernier appel sera-t-il étudié?

Dans l'approche des prochains jours, Santos a pourtant des alliés de poids: " À l'inverse de la fin d'année, ma famille est autour de moi, je suis en France et non de l'autre côté de la frontière, loin des miens. Mais je reste dans l'attente d'une décision imminente. Je vis en suspens alors que beaucoup de gens s'imaginent que je vis sans souci."

Dans la discussion, un sweat des Ultras sur le dos, les flashes du procès ressurgissent: "Je ne comprends toujours pas: ils démontrent que je ne suis pas l'auteur du désordre public, que je n'ai pas jeté la chaise, mais ils prouvent que je suis sur les lieux. Au bout du compte, trois ans et demi." Il ne le dira jamais, par pudeur, amitié ou fidélité, mais il a payé pour tous les autres, ceux que la justice n'a pas attrapés ou n'a pas jugé bon d'interpeller. Au coeur des mots, on sent encore une forme de renoncement: "J'ai vécu cette affaire depuis le premier jour, j'en connais tous les détails et je sais tout ce que j'ai encaissé. J'ai été condamné, je ne vois pas pourquoi la justice espagnole me blanchirait aujourd'hui. Que chacun le sache, je ne compte pas m'y soustraire."

Aujourd'hui, il n'existe aucune possibilité de transférer son dossier en France tant que la justice espagnole n'est pas allée au bout de la procédure. Il est impossible de connaître quand ce nouvel appel sera examiné: une semaine, un mois, un an ?

Il est peut-être l'heure pour la diplomatie française, si soucieuse d'agir avec une légendaire discrétion, de démontrer tout son savoir-faire et de rappeler que, si des accords ont été passés avec l'Espagne, l'heure est venue de les appliquer.

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